Légende du drapeau du Québec

Généralement connu sous le nom de drapeau fleurdelisé
Le 21 janvier est le jour du drapeau du Québec
Bien qu'on le brandisse avec
fierté dès que l'occasion se présente, un
très petit nombre d'individus connaît les origines du
drapeau québécois. Il faut tout d'abord savoir que la
fleur de lys fait partie du patrimoine de plusieurs peuples. Il y a
déjà 3000 ans, elle ornait moult tissus retrouvés
en Inde, en Égypte, en Grèce et en Gaule. Certains
héraldistes croient que la fleur de lys est probablement une
fleur de genêt ou de lotus ; d'autres prétendent qu'il
s'agit en fait d'une représentation stylisée de
l'appareil génital masculin! D'aucuns s'entendent maintenant
pour dire que la fleur de lys est une fleur d'iris, fleur que l'on
retrouvait en abondance aux abords de la Lys, une rivière belge.
Petit à petit, la fleur de lys
est utilisée comme symbole royal dès l'an 1000. Louis VII
(1137-1180) fut le premier à introduire le lys sur les
bannières royales françaises. Il fallut cependant
attendre un peu plus tard pour que le lys devienne la « fleur du
roi ». Au Moyen-Âge, il était impossible de
reconnaître les soldats sous leur imposant attirail de guerre.
C'est pourquoi chaque seigneur devait se doter d'un emblème et
le faire graver sur le blason de ses cavaliers et fantassins. La roi
Philippe Auguste décida alors de choisir la fleur de lys, qui
devint dès lors la fleur royale.
Trois siècles plus tard, soit
le 24 juillet 1534, Jacques Cartier planta une croix à
Gaspé. Si l'histoire de la croix nous est bien connue, on omet
trop souvent de mentionner que cette croix était
surmontée d'un écu où figuraient trois fleurs de
lys symbolisant le roi de France. Cependant, les navires
français arboraient plutôt un pavillon carré bleu
ou rouge, sans fleur de lys et orné d'une croix blanche. Puis
vers 1755, lorsque 4500 soldats français sont
dépêchés à Louisbourg et à
Québec, les drapeaux deviennent multicolores. Certains
régiments utilisent le jaune et le vert sur leurs pavillons,
alors que d'autres optent pour le mauve, le noir ou le brun.
Malheureusement, la conquête anglaise marque la fin des drapeaux
et pavillons français en Nouvelle-France.
Entre 1763 et 1832, l'Union Jack
britannique flotte partout dans la « province of Quebec ».
C'est en 1832 que l'on voit pour la première fois le drapeau
tricolore vert, blanc et rouge rendu célèbre par les
rébellions de 1837-1838. Adopté par la
Société St-Jean-Baptiste de Montréal, le tricolore
gagne la faveur populaire et on le retrouve bientôt dans toutes
les manifestations politiques. Ce drapeau « canadien »
flotte pendant les combats de Saint-Denis, Saint-Charles et
Saint-Eustache. C'est d'ailleurs ce qui mène à son
abandon, quelques années plus tard : on confère un
caractère révolutionnaire à ce drapeau.
C'est le 24 juin 1848 que l'on vit
pour la première fois l'ancêtre direct du drapeau
québécois. Les fleurs de lys, absentes des drapeaux
depuis un siècle, figuraient sur les quatre coins d'une
énorme bannière datant de la bataille de Carillon. C'est
Louis-de-Gonzague Baillargé, un avocat de Québec, qui
déploya cette relique lors du défilé de la
St-Jean-Baptiste de 1848. La « bannière de Carillon
» était en fait le blason du marquis de Beauharnois,
gouverneur général de 1726 à 1747.
Après que Baillargé eut
rangé sa bannière, c'est le tricolore français qui
devint le drapeau le plus populaire au Québec. La Guerre de
Crimée, qui unissait la France et l'Angleterre contre la Russie,
poussa les anglophones du Québec à faire flotter le
drapeau français aux côtés de l'Union Jack.
(Union Jack Drapeau du Royaume-Uni créé en 1603)
Il faudra cependant attendre
encore un demi-siècle pour voir le premier drapeau
véritablement québécois. On le doit à
Elphège Filiatrault, curé de Saint-Jude, qui a
confectionné lui-même un drapeau qu'il appelle le «
Carillon Sacré-Cœur ». Ce drapeau ressemble à
l'actuel drapeau québécois, à la différence
qu'un Sacré-Coeur y figure en plein centre et que les quatre
fleurs de lys pointent vers le centre. Ainsi, entre 1903 et 1948, ce
drapeau flottera un peu partout au Québec tout en subissant de
légères transformations (le castor remplaçant le
Sacré-Coeur).
Alors que la Société
St-Jean-Baptiste de Montréal mène une campagne nationale,
entre 1939 et 1947, pour faire adopter le fleurdelisé, le
parlement canadien adopte, en 1945, une version modifiée du Red
Ensign de la marine britannique. Ce choix, contesté au
Québec, pousse le député indépendant
René Chaloult à demander l'adoption d'un « drapeau
véritablement québécois ». Duplessis
suggéra alors à Chaloult de placer un castor ou une
feuille d'érable au milieu du fleurdelisé. Chaloult,
après avoir consulté l'abbé Lionel Groulx, proposa
à Duplessis de ne rien mettre au centre et de redresser les
quatre fleurs de lys, qui pointaient vers le centre. En effet, la
position verticale est beaucoup plus conforme aux lois de
l'héraldique.
Le 21 janvier 1948, Duplessis annonce
à Chaloult que le fleurdelisé flottera à 15 heures
sur la tour centrale du Parlement. La proposition de redresser les
fleurs de lys a été acceptée par Duplessis,
celui-ci ajoutant même que cela a été fait pour
« indiquer la valeur de nos traditions et la force de nos
convictions. » Deux ans plus tard, la loi du drapeau officiel est
adoptée par l'Assemblée législative. Le
fleurdelisé devient donc le drapeau officiel du Québec.
Depuis l'Égypte et la Gaule, la
fleur de lys aura traversé cinq millénaires avant de
devenir l'emblème de notre peuple. Après un aussi long
périple, il serait bien dommage que notre magnifique drapeau ne
demeure qu'un drapeau provincial...!
